l'usine automobile AvtoVAZ en Russie

AvtoVAZ

Togliatti subit une crise économique profonde depuis plusieurs années, accrue ces derniers mois avec la mauvaise situation d’AvtoVAZ, la grande usine automobile, moteur principal de l’économie de la ville, premier employeur et principal voire unique client de centaines de firmes automobiles sous-traitantes russes.

Les Français jouent un rôle important à Togliatti depuis 2008 où le groupe Renault-Nissan a acquis 25 % des parts du constructeur AvtoVAZ, leader du marché russe avec la marque Lada.
En 2012, l’Alliance Renault-Nissan acquiert une participation majoritaire de l’Alliance Rostec Auto BV, joint-venture créée avec le russe Rostec qui détient 74,5% d’AVTOVAZ, Renault-Nissan devenant donc l’actionnaire majoritaire d’AvtoVAZ.

En 2015, AvtoVAZ a perdu 74 milliards de roubles liée à la crise économique en Russie touchant particulièrement le secteur automobile.

En 2015, les ventes de voitures en Russie ont baissé de 36% par rapport à 2014.

AvtoVAZ a vendu 30,5% de Lada en moins en 2015 par rapport à 2014 soit 269 000 voitures.

Bo Andersson, l’ancien président d’AvtoVAZ, premier dirigeant non russe à la tête de l’usine, remplacé le 04/04/16 par le Français, Nicolas Maure, a privilégié depuis son arrivé à la tête de l’usine début 2014, les fournisseurs étrangers. Malheureusement, la crise économique et la chute brutale du rouble fin 2014 ont creusé le déficit du géant automobile russe rendant le prix des importations plus important.

Sous Bo Andersson, les effectifs d’AvtoVAZ ont baissé considérablement, entraînant des milliers de licenciements et des manifestations des ouvriers et habitants de Togliatti contre sa politique de suppression de postes. En 2014, il a baissé de 20% les effectifs d’AvtoVAZ pour atteindre 52 000 personnes, et en 2015, il a diminué de 15% le nombre de salariés d’AvtoVAZ pour arriver à 44 000 personnes.

La mauvaise santé du géant automobile russe a entraîné la faillite de nombreux sous-traitants, comme l’un des fournisseurs historiques les plus importants d’AvtoVAZ avec plus de 400 pièces automobiles dans son catalogue, AvtoVAZagregat. Cette firme a fait faillite en 2015 et n’a pas payé ses 1400 employés pendant plusieurs mois.

Ces derniers temps, la pression politique, notamment des Communistes, était de plus en plus forte contre Bo Andersson et exigeait son licenciement. Notamment le 27/10/15 a eu lieue une manifestation devant le bâtiment du Gouvernement de la Région de Samara, menée par les Communistes et son leader Leonid Kalachnikov, député à la Douma fédérale, demandant le départ de Bo Andersson.

En effet, avec ces vagues de licenciements importantes, beaucoup de gens ont été mécontents, sachant qu’il est très difficile de trouver du travail à Togliatti, toute la ville dépendant du secteur automobile. Par ailleurs, les salaires ont baissé dans la ville et les « zaderjka » (« paiement de salaires en retard » sont en augmentation à Togliatti.

Nous mettons ci-dessous la photo d’une affiche vue dans les rues de Togliatti qui appelle, à la demande des Communistes, le 02/04/16 les habitants à manifester pour soutenir les employés de la firme OOO StavropolStroyService qui n’ont pas été payés depuis 6 mois.

crise économique à Togliatti, Russie

L’une des missions assignée à Nicolas Maure, par le président de Rostec, Sergueï Tchemezov, directeur général de Rostec (détenteur de 24,5 % des actions d’AvtoVAZ), est d’augmenter le nombre de fournisseurs de pièces automobiles russes.

D’après les données officielles (journal local Postscriptum du 04/04/16), le nombre de chômeurs a été multiplié par 4 en 3 ans pour atteindre 10 000 chômeurs soit 2,34% de la population active avec une augmentation de 20% pour les 3 premiers mois de 2016! C’est deux fois plus de chômeurs qu’à Samara.
Près d’un quart de ces nouveaux chômeurs est lié à des licenciements économiques de 90 entreprises de Togliatti, notamment OAO AvtoVAZ, OOO VMZ, OAO AvtoVAZagregat, OOO AvtoVAZagregattrans et ZAO Super-Avto.

Ces chiffres peuvent sembler dérisoires vu de France, mais ici, la plupart des chômeurs ne sont pas enregistrés car ils ne reçoivent qu’une aide financière pour ainsi dire symbolique. D’après nos sources, un chômeur touche en Russie 850 roubles par mois! Cependant, ces chiffres ne sont pas à prendre en valeur absolue, mais en tendance, la situation économique à Togliatti s’aggrave profondément.

A côté de ce chômage officiel, il existe un chômage « caché » de masse, plus de 44 500 personnes de 45 entreprises, d’après les données officielles (journal local Postsrciptum du 04/04/16), travaillent à temps réduit dont plus de 40 000 à AvtoVAZ. Depuis février 2016 pour 6 mois, la baisse de la durée du travail est effective à AvtoVAZ, entraînant une baisse des salaires de 20%.

Cependant, la faillite d’AvtoVAZ est inenvisageable car cette firme est considérée comme une entreprise stratégique par le Kremlin, qui continuera à la soutenir financièrement. La faillite d’AvtoVAZ entraînerait la faillitte de la plus grande ville-usine de Russie, ce qui aurait des conséquences sociales cataclysmiques.

Pour lutter contre la crise économique à Togliatti, deux projets ont été initiés : la création d’une zone économique spéciale et d’une technopark,la Jigouli Valley.



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Gurvan Le Gall
Directeur de Volga Solutions, agence française de conseils et d’informations, spécialisée sur la Russie.